L’autre jour, au self, j’ai pris quelques secondes pour féliciter le nouveau cuisinier. Je trouvais ses plats plus réussis que son prédécesseur. En tout cas, il y mettait du coeur. Rien d’extraordinaire : juste quelques mots sincères pour lui dire que son travail était bon. Son visage s’est éclairé immédiatement. Il semblait sincèrement touché.
Quelques jours plus tard, j’ai envoyé un message vocal à un médecin sur Instagram. J’appréciais sa méthode de travail, son approche originale et le courage avec lequel il défendait ses idées. Là encore, je n’attendais rien en retour. Je voulais simplement lui dire que ce qu’il faisait avait de la valeur.
Ces deux situations m’ont rappelé une chose simple : nous pensons (parfois) beaucoup de bien des autres, mais nous le disons rarement. Oralement.
Une étrange économie de la reconnaissance
Dans notre société, nous avons appris à signaler ce qui ne fonctionne pas.
Un repas médiocre ? Nous le faisons savoir.
Un service décevant ? Nous le signalons.
Une erreur ? Nous la relevons immédiatement.
Mais lorsque quelque chose est réussi, nous restons souvent silencieux.
Comme si la qualité allait de soi.
Comme si le professionnalisme n’avait pas besoin d’être reconnu.
Comme si l’excellence était simplement normale.
Pourtant, derrière chaque métier, il y a un être humain qui doute, qui travaille, qui cherche à progresser et qui apprécie, comme tout le monde, de savoir que ses efforts sont remarqués.
La pudeur (française) du compliment
Beaucoup de personnes éprouvent une forme de gêne à complimenter.
Elles pensent :
« Je vais peut-être en faire trop. »
« Cela va sembler bizarre. »
« Ce n’est pas à moi de dire ça. »
« Il ou elle le sait déjà. »
Cette retenue est souvent liée à une forme de pudeur sociale. Nous avons parfois plus de facilité à exprimer une critique qu’à exprimer notre admiration.
Pourtant, un compliment sincère n’est pas de la flatterie.
La flatterie cherche à obtenir quelque chose.
Le compliment authentique cherche simplement à reconnaître quelque chose.
La différence est immense.
Le piège du « quelqu’un l’a sûrement déjà dit »
Une autre raison nous empêche souvent de parler.
Nous pensons que quelqu’un d’autre l’a déjà fait avant nous.
Nous imaginons que le cuisinier sait que ses plats sont appréciés.
Que le médecin reçoit déjà des dizaines de messages de soutien.
Que le collègue talentueux est déjà reconnu à sa juste valeur.
Alors nous nous taisons.
Mais cette hypothèse est souvent fausse.
La plupart des personnes qui font bien leur travail reçoivent beaucoup moins de reconnaissance qu’on ne l’imagine.
Elles entendent parfois les critiques.
Elles voient les réclamations.
Elles lisent les commentaires négatifs.
Mais les encouragements spontanés sont beaucoup plus rares.
En croyant que quelqu’un d’autre exprimera ce que nous pensons, nous participons malgré nous à un grand silence collectif.
Chacun suppose que le message sera transmis.
Et finalement personne ne le transmet.
Une pensée positive non exprimée reste invisible.
La reconnaissance ne circule pas toute seule.
Elle a besoin d’un messager.
Quelques mots qui changent une journée
Ce qui est fascinant, c’est qu’il suffit souvent de très peu de choses.
Une phrase.
Quelques secondes.
Un message.
Un regard accompagné d’un merci.
Pour celui qui donne le compliment, l’effort est minime.
Pour celui qui le reçoit, l’effet peut être considérable.
Parce qu’au fond, chacun de nous a besoin de savoir que ce qu’il fait compte.
Que son travail est utile.
Que ses efforts sont vus.
Que son engagement produit quelque chose de positif.
Une forme d’élégance sociale
Cela suppose d’observer.
Cela oblige à sortir de soi pour remarquer ce qui mérite d’être salué.
Dans un monde où l’indifférence devient parfois la norme, la reconnaissance est un acte profondément humain.
Elle ne coûte rien.
Elle ne demande aucun talent particulier.
Elle ne nécessite ni statut ni expertise.
Seulement un peu de courage.
Le courage de dire ce que l’on pense quand ce que l’on pense est positif.
Conclusion
Nous savons généralement ce qui nous déplaît.
Nous le formulons facilement.
Mais nous gardons souvent pour nous ce que nous apprécions.
C’est dommage.
Car un compliment sincère est peut-être l’un des gestes les plus simples et les plus puissants que nous puissions offrir.
Nous pensons souvent que quelqu’un d’autre dira ce que nous pensons.
C’est ainsi que beaucoup de compliments ne sont jamais prononcés.
Et pourtant, il suffit parfois d’une phrase pour illuminer une journée, redonner de l’énergie à quelqu’un ou lui rappeler que son travail a du sens.
Alors la prochaine fois que vous apprécierez réellement ce que fait quelqu’un, dites-le.
Ne supposez pas que les autres le feront à votre place.
Les mots positifs n’ont de valeur que lorsqu’ils sont prononcés.
Rémy